Creer une dynamique socioéconomique en médina. Tel est l’objectif du grand projet de restauration des monuments historiques (MH) de la ville de Fès, mené à l’initiative du Souverain. Un projet qui a redonné l’espoir aux artisans, commerçants et habitants de l’ancienne cité idrisside. Un espoir qui est assez palpable dans les sites abritant des activités économiques telles les tanneries.

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Rappelons-le, une nouvelle impulsion a été donnée à ce programme, depuis la relance des opérations de sauvegarde en novembre 2014. En effet, quelque 27 marchés de travaux ont été passés, les chantiers sont menés effectivement dans 26 MH, dont 15 sont déjà finalisés, et 11 seront achevés vers fin décembre.
Selon Fouad Serrhini, directeur de l’Agence de développement et de réhabilitation de la médina (Ader-Fès), «l’opération a connu un degré maximal de mobilisation». «Le taux de réalisation de la réhabilitation des MH affiché aujourd’hui est de plus de 70%», précise-t-il. Certains sites sont déjà opérationnels. Il s’agit notamment des tanneries de Sidi Moussa et Aïn Azliten entièrement réhabilitées, ou encore une bonne partie (plus de 50%) de la tannerie de Chouara. Ici, près de 200 tanneurs ont déjà retrouvé leurs cuves multicolores. La tannerie Chouara est la plus grande et la plus célèbre des trois tanneries de la médina de Fès, que le visiteur peut apprécier du haut des terrasses contiguës. Cette tannerie se compose d’un grand nombre de cuves où l’on traite les peaux de chèvre,

Le projet de restauration des monuments affiche un taux de réalisation de plus 70%. Pour sa part, la sauvegarde des maisons menaçant ruine semble prendre du retard. En fait, le bois d’étaiement envahit encore les ruelles de la médina

de mouton et de bœuf. Les tanneurs travaillent dans les fosses remplies d’eau et de produits divers, à commencer par la chaux, le sel, la fiente de pigeons et le son pour nettoyer les peaux. Pour obtenir la couleur, on utilise des produits végétaux, entre autres, le tannin, l’écorce de grenade, la poudre de coquelicot. Il faut une dizaine d’opérations aussi délicates que méticuleuses pour nettoyer les peaux, les assouplir, les sécher, les amincir et les lustrer, à la fin, avec de l’huile. Les conditions de travail sont pénibles et seuls les plus gaillards y résistent. Le cuir sert ensuite au travail des maroquiniers qui en tirent babouches, selles, sacs et sacoches, poufs, etc. Le tannage des cuirs était, autrefois, source de richesses. L’adage fassi disait avec fierté: «Dar dbagh, dar dhab», la tannerie est une mine d’or.
De l’autre côté de la médina, les tanneurs de Aïn Azliten ont également du pain sur la planche. Surtout après la fête de l’aïd. Ce lundi, seule une dizaine est venue travailler le cuir. L’activité devrait atteindre sa vitesse de croisière après le retour de l’ensemble des tanneurs. «Nos vacances sont liées aux fêtes religieuses. Généralement, on se repose une quinzaine de jours», explique l’un d’entre eux. Ce denier affiche une grande satisfaction quant à l’amélioration des conditions de travail dans la tannerie, dotée suite aux travaux de sauvegarde de sanitaires et de vestiaires.
En tout cas, tous les chantiers de la restauration se poursuivent dans une optique participative, incluant la main-d’œuvre locale. «Entre ménages, commerçants et artisans, quelque 1.016 occupants de MH ont profité d’une aide au déménagement», rappelle Serrhini. L’impact social de cet accompagnement est très visible. En chiffres, l’opération a permis la création et la stabilisation de 1.200 emplois, en plus du recrutement de main d’œuvre (220.000 jours de travail dont 78% en médina et 22% hors médina), et la mobilisation de plus de 1.000 autres personnes en régime de croisière.

Un budget de 615 millions de DH

Plus de 615 millions de DH sont mobilisés pour la restauration des monuments historiques et la réhabilitation des bâtiments menaçant ruine. Pour ce dernier volet, le programme s’étend jusqu’en 2017 et son impact social est important. En effet, les différentes opérations ont permis  la sécurisation de plus de 2.000 ménages ainsi que la création de travaux à haute intensité de main-d’œuvre assurée par 71 entreprises (dont 22 créées depuis mars 2013). En matière d’emploi, le nombre de jours de travail par bâtisse est de 300, soit un total de 540.000 journées de travail pour 1.800 bâtisses au programme.

Youness SAAD ALAMI
Source: http://www.leconomiste.com/article/977900-fesrestauration-de-la-medinafort-impact-social-dans-les-sites-economiques

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