L’étalement urbain, le forte présence de grandes infrastructures et les coupures urbaines qu’elles induisent sont à l’origine d’une extension inquiétante du ciment au détriment des espaces verts. En comparaison avec les normes internationales qui stipulent que chaque habitant doit bénéficier de 10 m² d’espaces verts au minimum, Fès est très loin du compte avec seulement 2 m²/hab, après 4m²/hab en 2002.

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La ville de Fès étouffe. L’étalement urbain, la forte présence de grandes infrastructures et les coupures urbaines qu’elles induisent sont à l’origine d’une extension inquiétante du ciment au détriment des espaces verts. Ainsi, la ville, qui compte plus d’un million d’habitants, ne dispose que de 2 millions de m² d’espaces verts sachant que ces derniers constituent de véritables réservoirs d’oxygène et jouent un rôle très important dans l’équilibre physique et l’épanouissement des habitants. «En comparaison avec les normes internationales qui stipulent que chaque habitant doit bénéficier de 10 m² d’espaces verts au minimum, Fès est très loin du compte avec seulement 2 m²/hab, après 4m²/hab en 2002», ne cesse de répéter Abdelhay Rais, président du Forum marocain des initiatives environnementales, lors de ses différentes sorties médiatiques. L’association a par ailleurs attiré l’attention des autorités locales et l’opinion publique il y a quelques mois sur la forêt de Oued Fès qui disparaît pour céder la place aux habitations. «Le site fait partie du patrimoine foncier de la commune urbaine de Fès, qui fait partie des zones humides non adaptées aux constructions.

La commune a fait le choix, à la fin des années 90, dans le cadre du plan d’aménagement de l’époque, de le consacrer espace vert. Elle a signé un contrat avec le Haut commissariat aux eaux et forêts pour la plantation d’arbres sur une superficie de 147 ha. Le projet a démarré en été 1997 avec un budget du haut commissariat de l’ordre de 1.690 000 DH. Mais en 2008, le Conseil de la ville de Fès a ordonné l’abattage des arbres pour céder la place à des projets immobiliers», a précisé Abdelhay Rais. À l’origine de ce désastre, il y a les grands promoteurs immobiliers qui ne pensent qu’en termes de rentabilité, mais aussi le laisser-aller des responsables locaux de l’urbanisme et les passe-droits qu’ils accordent. Aussi, les plans d’aménagement de la ville sont conçus sans prendre en considération les espaces verts et le bien-être des habitants de la ville. Résultat: Les différents quartiers de la ville de Fès se retrouvent dépourvus d’espaces verts, de jardins publics et de parcs pour enfants. Pire encore : les rares espaces verts, notamment quelques jardins, sont à l’abandon et sont squattés par les enfants des rues, les handicapés menteaux et les mendiants.

Face à cette situation, des habitants des quartiers se mobilisent pour créer des petits espaces verts avec les moyens de bord. «Pour le bien des habitants du quartier et de nos enfants, l’amicale a mobilisé ses propres moyens pour créer un petit espace vert au milieu des immeubles. Nous avons acheté des plants et nous les avons plantés en impliquant les habitants du quartier, surtout les enfants. C’est un acte de citoyenneté que nous renouvelons chaque année pour que le quartier puisse respirer et que les habitants prisonniers des immeubles puissent voir de leurs fenêtres, et en traversant le quartier, autre chose que du béton», indique Ameur Tazi, président de l’amicale Anas 3, située sur la route de Aïn Chkef, en collaboration avec l’association Al Amal nationale de culture et d’art. Celui-ci ajoute que les habitants de ce quartier d’habitats économiques et sociaux sont conscients qu’ils doivent davantage compter sur eux-mêmes et leurs initiatives pour respirer un peu mieux. D’autres habitants de Fès préfèrent s’orienter vers ce qu’il reste de la forêt de Aïn Chkef, qui constitue un véritable poumon vert pour la ville de Fès, quoique encerclé depuis quelques années par des habitations. Il reste heureusement le Jardin Jnane Sbil, le plus ancien jardin public de la ville de Fès, qui a bénéficié entre 2006 à 2010 d’une grande opération de rénovation sous l’impulsion du roi Mohammed VI. Ce jardin de 7 hectares aménagé au XVIIIe siècle par le sultan Moulay Abdallah a retrouvé toute sa splendeur et a ouvert ses portes au public en 2011.

De leur côté, les espaces verts du Jardin Lalla Amina ou encore l’avenue Hassan II attirent les habitants, notamment pendant l’été. Ceci étant, les espaces verts, avec toutes les composantes (verdure, eaux, aménagements ludiques) participent à la protection de l’environnemen, mais cela n’est pas pris en compte dans les différents plans de développement de la ville, celle-ci étant de plus en plus menacée par le ciment. Le Maroc a certes ratifié plusieurs conventions et dispose d’un arsenal de lois en matière de protection et de réhabilitation de l’environnement, mais leur application fait encore défaut. Et c’est le citoyen qui subi les conséquences.

Source: http://www.leseco.ma/maroc/35097-ville-de-fes-les-espaces-verts-agonisent-2.html

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